Les jeunes d’Auteuil fêtent les 90 ans de l’orphelinat départemental 1929-1971

En 1929, grâce à la volonté de Leon Perrier, président du conseil général, le bâtiment devint l’Orphelinat Départemental, puis Foyer Départemental bien connu à la Côte St André. Deux ailes furent adjointes aux bâtiments originels ainsi que quelques 12 bâtiments annexes au fil des années. Dans les années 60, l’établissement abrita alors 560 élèves, pensionnaires et orphelins pour la plupart. En 1971, une révolte éclatait parmi les élèves et marqua la fin du Foyer Départemental. Les élèves furent dispersés entre divers établissements.En 42 ans, le Foyer Départemental a vu passer en ses murs plus de 2500 élèves.

 

Le 24 août 1938, L’abbé Pierre est ordonné prêtre. Mais la vie monastique lui devient de plus en plus intenable et sa santé ne lui permet plus d’en supporter l’austérité. Il obtient finalement l’autorisation de quitter les capucins en avril 1939 ; l’évêque de Grenoble accepte de l’accueillir et le nomme vicaire de la basilique Saint-Joseph. Lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, il est mobilisé comme sous-officier. Hospitalisé de fin janvier à mi-juillet, il est démobilisé le 31 août 1940. Son évêque le nomme successivement aumônier de l’hôpital de La Mure (Isère) en septembre 1940, prêtre chargé de l’instruction religieuse à l’orphelinat de l’Assistance publique de La Côte-Saint-André en janvier 1942, puis vicaire de la cathédrale de Grenoble à partir du 15 juillet 1942, fonction qu’il assure jusqu’à fin 1943. Aumônier de la Marine de mi-1944 à fin 1945, il reste prêtre avant tout, jusqu’à la fin de sa vie.

 

 

A l’occasion de la commémoration des 90 ans de la création de l’Orphelinat Départemental, l’Amicale des anciens élèves souhaite, par le biais de cette revue, que nos camarades puissent relire et partager quelques écrits sur le Foyer Départemental.

Dès 1923, le Conseil Général de L’Isère exprime le souhait de grouper dans un même établissement des orphelins de Père et de Mère et les enfants de « l’assistance publique »

Succédant à l’orphelinat de Voiron, le Foyer de la Côte St André, ouvert il y a 90 ans sous l’impulsion du Président du conseil général de l’Isère : LEON PERRIER, était envié des autres départements et unique dans sa conception. L’inauguration eut lieu le 1er octobre 1929.

D’une manière générale, les anciens élèves sont fiers d’avoir appartenu à cet orphelinat même si des moments très durs ont jalonné leur vie d’enfants privés de l’affection d’un vrai foyer familial.  Leur « Foyer », ce n’est pas seulement une école qui les a instruits et a assuré leur formation professionnelle : C’est aussi la maison qui leur a donné le sens du devoir, trempé leur caractère et enrichi leur cœur. C’est la maison qui les a orientés vers le bien, le vrai, le beau et au respect d’une discipline formatrice selon la direction des années 60. Entre 1929 et 1971, le Foyer Départemental, qui accueillait jusqu’à 500 orphelins âgés de 4 à 18 ans, a formé plus de 2500 élèves., durant 42 ans.
Qu’en est-il du bonheur d’avoir reçu une éducation au Foyer Départemental ?

Il nous faut faire un constat sur le ressenti bien distinct des différentes générations :

La première génération, celle de 1929 à 1940 a trouvé dans notre Foyer un accueil très paternel et maternel par M et Mme SEYSSEL. La plupart étaient de l’assistance publique et venaient des fermes de l’Oisans et de l’orphelinat de Voiron. Ils ont reçu une bonne éducation et une formation technique basée sur les métiers liés à l’agriculture Leurs camarades sont bien souvent devenus des amis après leur sortie du Foyer. Ce fut la première génération des « Pélerines »

La génération des 1940 à 1955 a hérité de leurs aînés, la débrouillardise et a suivi une formation plus tournée vers les métiers artisanaux. Changement de direction, M NEMOZ et Madame se chargent de la gestion de l’établissement et de nouveaux instituteurs arrivent au Foyer
Leurs anciens camarades étaient des héros de la résistance comme Henri Tarze et les 26 camarades « morts pour la France » durant la guerre de 1939-1945. C’est la génération des Galoches.

La génération des 1955 à 1966 connait la période du Foyer où il y a le plus d’élèves.
Quelques 560 garçons âgés de 5 à 18 ans se côtoient dans un environnement qui n’évolue pas beaucoup. Les méthodes d’éducation restent strictes. Les réussites aux examens tels CEP, CAP et au Brevet des collèges sont cependant très élevés. En 1964, M GENEVE succède à M NEMOZ.
La formation professionnelle touche les métiers de l’industrie. C’est la génération des Duffle-Coats

 La génération des 1967 à 1971.  Les améliorations de 1969 n’apportent pas d’apaisement à la contestation qui s’installe petit à petit. Le Foyer ne correspond plus aux attentes des jeunes. Les 350 pupilles, soutenus par une partie du personnel, protestent et se révoltent le 27 avril 1971. Malgré, leur expérience d’enseignants et de sous-directeurs dans les années antérieures, MM GINET et GARDEN, ne trouvent pas de solution et prennent leur retraite en 1970 et 1971. Ainsi 1971 a vu ce qu’aucun d’entre nous n’aurait jamais imaginé : la fermeture du Foyer départemental de garçons.

Minée à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, l’œuvre magnifique du Président LEON PERRIER s’est écroulée. Le Conseil Général décida de fermer l’établissement le 22 juin 1971.

LA RENTREE AU FOYER EN 1929 …

Vingt-cinq ans après … 1929-1954. Témoignage de M. ROCHAS sur son arrivée au Foyer

 Il y a 25 ans que le Foyer existe. Il m’est agréable de rappeler mon arrivée dons cette grande maison qui depuis est devenue la nôtre et faire part de quelques réflexions après ce recul du temps. Par une après-midi ensoleillée d’octobre 1929, une quarantaine d’enfants assemblés devant la préfecture attendent les cars qui doivent les transporter à l’Orphelinat. Après avoir drainé sur leur passage tous les pupilles garçons de 6 à 13 ans des vallées de l’Eau d’0lle et de la Romanche, trois cars arrivent et nous ouvrent leurs portes.
Chacun de nous s’engouffre dons celui que lui désigne le chef de convoi, Grenoble, Moirans, Voiron, Rives, toutes ces localités sont traversées. Des 50 petits camarades qui m’entourent, peu s’accrochent au paysage qui défile pour la première fois, sous leurs yeux. Certains rêvent et par la pensée sont encore dons leur petit village, gardant leur troupeau ou jouant sur la place. Avant de gagner La Frette, notre car s’arrête bloqué par un passage à niveau. Le chef de convoi suspend sa causette avec le chauffeur, scrute l’horizon vers la gauche et se tournant vers nous, nous invite à regarder cette tache blanche, sur un mamelon :
– « Ça, c’est l’Orphelinat. »
Le car traverse encore quelques villages qui n’attirent pas mon attention. Une seule idée : « La Côte-Saint-André ».  Enfin, par l’avenue Hector-Berlioz, nous glissons vers l’entrée de l’établissement. Le moteur fait un grand effort pour avaler l’ultime montée et nous voici devant l’Orphelinat, que je cherchais vainement à me représenter.
Au ronflement des cars, deux personnes s’étaient précipitées pour nous accueillir : M. et Mme SEYSSEL, qui au hasard nous demandent notre nom, en nous prenant par l’épaule. Puis des dames arrivent affolées par notre nombre. M. Seyssel nous fait conduire ou réfectoire. Notre troupeau est difficile à canaliser dons les couloirs.
Les enfants distraits cherchent de tous côtés quelque chose qui leur soit familier. Chacun d’eux s’interpelle. « Comment t’appelles-tu ? D’où viens-tu ? » — « Moi je suis de La Villette » — « Moi d ‘Ornon » — « Moi de La Salle-en-Beaumont » …
N’était-ce pas là, la naissance de notre Foyer, le rassemblement de tous ces orphelins et pupilles que l’on avait fait venir de tous les coins du département pour partager la même éducation, le même enseignement, les mêmes joies, les mêmes peines.
Les bâtiments paraissent déserts, même avec ce flot de nouveaux. Avec peine, nous nous installons, pour le dîner, autour des grandes tables du réfectoire, où nous avaient devancés des anciens de l’Orphelinat de Voiron qui nous regardaient d’un air amusé et moqueur. « Ah ! Voilà les montagnards qui arrivent ! » Effectivement, beaucoup descendaient de la montagne, mais dès le lendemain, la soudure était faite entre les anciens et les nouveaux. Faure, Bonnet, Perronne, Mignot, Reverdy, Monnet, Gravier, Lalo, rompus à la vie collective, étaient devenus nos amis et nous montraient comment faire notre lit, expédier les corvées.
Vingt-cinq ans ont passé… Cependant, le souvenir des visages amis auxquels on s’est plus spécialement attaché, reste, et je pense aussi à ceux que l’on ne reverra jamais aux fêtes d’anciens : Baud-Charpenay, Perronne, Page, Tarze et tant d’autres emportés par la maladie, ou victimes de leur héroïsme dans la Résistance.
Vingt-cinq ans ont passé… A notre tour, nous avons créé une famille qui nous absorbe, certes, avec tous les soucis de la vie actuelle, mais à l’exemple des bénévoles de notre amicale des anciens élèves, nous ne devons pas nous désintéresser de notre « Foyer », pratiquer suivant nos possibilités, si j’ose dire « l’esprit Foyer », c’est-à-dire l’entraide et la solidarité.
Répondons présent aux convocations de « Entre-Nous » et aidons les jeunes sortant du Foyer.

LEON PERRIER …

Né le 1er février 1873 à Tournon (Ardèche)Décédé le 24 décembre 1948 à Avignon (Vaucluse)

Député de l’Isère de 1910 à 1919Sénateur de l’Isère de 1920 à 1941- Président du Conseil Général de l’Isère de 1920 à 1940. Fondateur de l’Orphelinat Départemental de La Côte Saint André. Ministre des Colonies d’octobre 1925 à novembre 1928 dans différents gouvernements

Issu d’une famille de commerçants et d’agriculteurs de l’Ardèche, Léon Perrier fit de brillantes études scientifiques. Lauréat du concours général, on le retrouve étudiant à la Faculté de Grenoble, puis chef de laboratoire de zoologie et de biologie de cette université de 1894 à 1910 et sous-directeur du laboratoire maritime de l’université de Montpellier. Il publie des études sur la parasitologie, l’ichtyologie et la pisciculture et collabore à diverses publications agricoles. Il est en autre président de la société d’élevage du syndicat général agricole et de la caisse de crédit agricole.

En 1907, Léon Perrier entre au Conseil Général de l’Isère dont il deviendra le Président de 1920 à 1940. Touché par le sort des orphelins, il eut l’idée de les grouper dans un même établissement. Le 8 mai 1910, il est élu député de la 3e circonscription de Grenoble. Il le restera jusqu’en 1919. Démocrate socialiste, il s’inscrit au groupe du parti républicain radical et radical-socialiste.

Président de la commission des mines, vice-président de la commission de l’agriculture et de la commission de la métallurgie, membre du comité consultatif des mines, du comité des travaux publics et du comité scientifique des pêches maritimes, il déploie dans l’exercice de son mandat parlementaire une activité intense. Au cours de la législature de 1914-1919, il ne présente pas moins de 32 rapports ou propositions de loi sur les sujets les plus divers.

Au Sénat, où il entre pour la première fois en 1920 – il sera constamment réélu jusqu’à la guerre de 1939 – Léon Perrier appartient aux commissions des mines, des finances, de l’enseignement. Il est également membre du comité consultatif des forces hydrauliques et du conseil d’administration de la caisse des recherches scientifiques, spécialisé notamment dans la création des réseaux de distribution d’énergie électrique à haute tension, sur les travaux de l’office des mines domaniales de la Sarre, l’office industriel de l’azote, l’office des mines de potasse. Président de la commission interparlementaire pour l’aménagement du Rhône, il met en œuvre à ce titre l’aménagement de notre fleuve méridional.

Le 29 octobre 1925, Léon Perrier devient ministre des Colonies dans le 3e cabinet Painlevé. Il conserve ce poste dans les deux cabinets Briand qui se succèdent du 28 novembre 1925 au 23 juin 1926 et dans le ministère Poincaré du 23 juillet 1926 au 11 novembre 1928.

Avec son siège de sénateur, Léon Perrier retrouve sa place à la commission des travaux publics, pour laquelle il rapporte notamment un projet d’aménagement des plaines de l’Isère, du Drac et de la Romanche, mais son expérience ministérielle lui vaut également de rapporter le budget des Colonies ainsi que divers projets de loi fixant les relations financières de la France avec ses colonies.

En 1932, avec plusieurs collègues, il dépose une proposition de loi déclarant qu’Aristide Briand, ancien président du Conseil, a bien mérité de la Patrie.

De 1933 à 1939, il est vice-président de la commission des finances et, à ce titre, prend une part active aux discussions budgétaires annuelles. Il continue également de s’intéresser aux sujets les plus divers. En 1938, il dépose une proposition de loi sur la délimitation de la noix de Grenoble et, en 1939, une autre proposition instituant des taxes spéciales pour les stations climatiques et touristiques.

Le 10 juillet 1940, Léon Perrier s’abstient lors du vote de la loi constitutionnelle. Il se retire alors de la vie politique et meurt le 8 avril 1948 à Avignon à l’âge de 75 ans.